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Je ne suis pas homophobe mais…

novembre 22, 2018

AfficheLGBTPhobie

Le 8 novembre, Amnesty International menait sa première action de l’année 2018/2019 à l’Université Paris 13. Sur le forum du campus de Villetaneuse, les membres de l’antenne jeunes, vêtus aux couleurs d’Amnesty, se sont retrouvés afin de sensibiliser les étudiants aux discriminations contres les personnes LGBTI.(Lesbienne, Gay, Bi, Trans ou Intersexe)

Cette première action est l’aboutissement de deux semaines de préparations. Nous nous sommes inspirés de la dernière campagne de l’antenne jeunes contre l’homophobie, en reprenant les ateliers composés de quizz et de « débats mouvants ». Cependant, nous avons décidé d’étendre le champ de l’action aux LGBT-phobies de manière générale, en incluant les questions de transphobie, de procréation pour les couples de même sexe, et des personnes intersexes. D’autant plus que le 8 Novembre, date à laquelle a eu lieu notre action, est aussi la date de la journée international de solidarité intersexe.

Nous avions donc plusieurs modes d’actions à notre disposition pour aborder ces sujets :

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D’abord le quizz, à base de questions sur l’homophobie en France et dans le monde, sur l’accès à la PMA pour les couples de femmes, et sur les droits des personnes intersexes. Pour cette troisième partie, nous avions élaboré nos questions en nous basant principalement sur le dépliant informatif fourni par Amnesty, et que nous avons distribué en grand nombre sur le forum. Ce document explique de manière claire et dynamique la situation de ses personnes présentant des caractéristiques échappant à la binarité du masculin et du féminin, et qui sont sujettes dès leur naissance à des opérations chirurgicales intrusives, non-consenti et dangereuses pour leur santé.

Ensuite, il y avait les « débats mouvants » : dans le premier, on énonce une situation d’homophobie ou de transphobie, et on demande aux participants d’imaginer leur réaction : en se positionnant du côté gauche pour « Je fais quelque chose » ou à droite pour « Je ne fais rien », plus ou moins loin selon le degré de certitude. Il est ensuite demandé aux participants d’expliquer leur choix. Une fois le débat lancé et les arguments partagés, les étudiants ont la possibilité de se repositionner s’ils ont changé d’avis. Le second jeu vise à explorer des situations plus personnelles et à questionner les différents malaises et biais que chacun peut avoir. On leur demande alors de se placer sur une ligne imaginaire dont une extrémité signifie « Pas de problème » et une autre « Fort sentiment d’inconfort », et ce face à des situations comme : « Un membre de votre famille vous annonce son mariage avec une personne de même sexe », « un membre de votre famille vous annonce vouloir changer de sexe ». Encore une fois, les étudiants sont invités à expliquer leur positionnement, puis ont la possibilité de se déplacer sur la ligne en cas de changement.

Enfin, nous avons participé à l’action urgente d’Amnesty International au Guatemala. Le parlement Guatémaltèque s’apprête à voter une loi discriminatoire envers les femmes et les personnes LGBTI. Cette loi, dite «pour la protection de la vie et de la famille », criminalise l’avortement et les fausses-couches, interdit explicitement le mariage de personnes de même sexe et interdit aux écoles de « traiter de la diversité sexuelle et de l’idéologie du genre ». Nous avons donc écrit une lettre au président du parlement, ainsi qu’au député à l’origine de cette loi, les appelant à la rejeter et à protéger les femmes et les personnes LGBTI. Nous sommes allés à la rencontre des étudiants pour leur parler de cette situation et les inviter à signer notre lettre.

La rencontre avec les étudiants s’est révélée très intéressante pour nous. Certains étaient très informés et déjà touchés par ces problématiques, ils étaient donc d’autant plus motivés à signer les lettres adressées aux parlementaires du Guatemala. Si beaucoup sont sensibles au sujet, d’autres ne sont au contraire pas favorables aux droits des LGBTI, ou préféraient ne pas se positionner sur ces questions. Cela atteste d’autant plus le besoin de continuer aujourd’hui à faire de la sensibilisation autour de ce sujet.

Parmi les personnes que nous avons interpellées, il y en a qui avaient déjà entendu les termes ‘LGBTI’ et ‘intersexe’ mais ne connaissaient pas nécessairement leur signification. D’autres étaient interpellés par le « I » de « LGBTI » et ignoraient ce que ça signifiait. Nous avons donc pu discuter avec beaucoup de monde et les informer sur les droits LGBTI mais aussi les sensibiliser sur les problématiques intersexes aujourd’hui très mal connues.

Les ateliers ont également donné lieu à des discussions intéressantes. Nous avons été agréablement surpris que le quizz ne se soit pas résumé à un simple échange de questions et de réponses, mais ait ouvert sur des débats où les étudiants ont pu donner leur avis sur l’homophobie ou encore l’accès à la PMA. Les jeux ont quant à eux été l’occasion de s’interroger sur des cas de figures réels. Face à des situations d’homophobie et de transphobies, nous avons remarqué que beaucoup d’étudiants envisageaient les réactions possibles en termes d’altercations et de confrontations physiques. Ça a donc été aussi l’occasion de parler des manières sûres et non-violentes dont chacun dispose pour agir contre les violences et discriminations LGBT-phobes.

Si la plupart des étudiants se sont montrés attentifs, ouverts à la discussion et intéressés par notre action, nous avons tout de même rencontré quelques difficultés à les mobiliser assez longtemps pour participer aux ateliers, principalement en raison d’un manque de temps. Néanmoins, cette première action a tout de même abouti à une sensibilisation nécessaire, à des débats importants, et à plus de 150 signatures de notre lettre.

Fiers de ce succès, nous continuons nos actions au sein de l’université. Notre prochain évènement est d’ailleurs prévu Jeudi 22 novembre de midi à 13h en C101. Il s’agira d’une projection-débat autour de la peine de mort. Tous les étudiants de Paris 13 sont les bienvenus.

L’Antenne-Jeunes de l’Université Paris 13

L’homophobie, si on parlait avec Amnesty à Paris 13 ?

février 19, 2018

Affiche Homophobie

L’antenne Jeunes d’Amnesty à Paris 13 s’est une nouvelle fois mobilisée à l’Université de Villetaneuse pour une action de sensibilisation. Cette fois-ci, ce sont les conséquences parfois dramatiques de l’homophobie que nous avons voulu mettre en avant.

Ainsi, le jeudi 2 février, les membres de l’antenne-jeunes ont mis en place plusieurs outils de communication et de sensibilisation sur le forum. En effet, nous avons habillé une partie du forum aux couleurs arc-en-ciel notamment avec une exposition d’Amnesty International illustrant les droits essentiels dont nombre de personnes sont encore privées. Par exemple, chacun a droit « à sa dignité et au libre développement de sa personnalité » (Article 22 DUDH), et « tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi » (Article 7). L’exposition rappelait également des cas de discrimination dans le monde en raison de l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

Nous avons également cherché à interpeller de manière ludique les étudiants de Paris 13 au moyen d’un quizz : des questions telles que « dans quels pays l’homosexualité est-elle passible de la peine de mort ? » ou « dans quel pays existe-t-il une loi contre la propagande homosexuelle ? »ont été posées aux étudiants passant par le forum. Pour information, les réponses à la 1ère question sont : Iran, Mauritanie, Arabie Saoudite, Soudan, Yémen et  Émirats Arabes Unis ; et la réponse à la seconde est la Russie. De nombreux étudiants se sont pris au jeu et sont restés un bon moment avec nous afin d’échanger et débattre sur les réponses à ces questions parfois surprenantes. Il est vrai que l’on ne se rend pas toujours compte des difficultés, voire des dangers, auxquels est confrontée une personne homosexuelle ou trans dans certains pays.

Afin de se rendre un peu plus compte encore des préjugés et discriminations dans la vie quotidienne, nous proposions un atelier participatif où l’on demandait aux participants d’imaginer être témoin d’une scène homophobe et de nous expliquer comment il réagirait face à une telle situation. Le but de cette action était avant tout d’instaurer un dialogue, même si nos idées divergeaient parfois sur la question, et de pouvoir débattre et échanger avec un public qui n’est pas forcément acquis à la cause.

« Alors que vous êtes invité à une soirée jeux chez des amis, une des personnes présentes (que vous connaissez peu) fait une blague homophobe. Elle fait bien rire ses deux amis qui l’écoutent : Vous réagissez ou vous ne faites rien ? »

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Enfin, nous avons participé à un « jeu de positionnement » : le but était de répondre à la question : « Si un membre de ma famille annonce son mariage avec quelqu’un du même sexe, comment j’imagine mon degré d’acceptation ou d’inconfort ? ». Nous devions répondre en nous positionnant sur une ligne imaginaire dont une extrémité signifiait « Pas de problème » et l’autre « fort sentiment d’inconfort » et ensuite expliquer aux autres ce positionnement. Cela a permis selon nous une certaine introspection qui est toujours nécessaire lorsqu’il est question d’homophobie car en effet, nous avons tous des préjugés sans même nous en rendre compte parfois. Le plus important est donc d’en prendre conscience et d’essayer de remettre en cause ses représentations et ses a priori.

Au-delà de notre action de sensibilisation qui a vraiment été pour les membres de l’antenne-jeune une expérience riche et très instructive sur la manière dont les jeunes peuvent percevoir les questions liées à l’homophobie, nous proposions bien sûr un moyen d’agir : nous avons fait signer 2 pétitions, l’une concernant l’impunité au Bangladesh suite au meurtre d’un militant homosexuel, l’autre sur le combat d’une personne finlandaise contre les obstacles au changement d’identité de genre. Vous pouvez aussi les signer en ligne ci-dessous :

Nous espérons avoir interpellé et fait bouger des lignes. Ceci dit, le simple fait d’avoir réussi à engager un dialogue sur cette thématique, ce qui est loin d’être facile avec certains étudiants, a été une belle réussite pour nous. C’est une action dont nous nous souviendrons !

Léa Antoni.

« La Parade » ou le rire contre l’homophobie (Cécile Coudriou)

janvier 28, 2014
Affiche "La Parade" Paris 13

Affiche « La Parade » Paris 13

Ce jeudi 30 janvier à 17h, « Amnesty International à Paris 13 » organise une projection du film « La Parade » suivie d’un débat sur le thème de l’homophobie à travers le monde.

En attendant cette rencontre, qui se tiendra en salle C 102 de l’UFR Communication à Villetaneuse, voici un article que j’avais rédigé à la sortie du film pour JOL Press. J’espère qu’il vous donnera envie de participer !

« La Parade » de Sdrjan Dragojevic, ou le rire contre l’homophobie

La haine de l’autre, la haine de tous les autres, la haine indifférente de toutes les différences… Avec « La Parade », Srdjan Dragojevic nous plonge, une fois de plus, dans la réalité contemporaine de l’ex-Yougoslavie, une triste réalité. Cécile Coudriou, vice-présidente d’Amnesty International France, a accepté d’évoquer pour JOL Press ce film et l’engagement d’Amnesty International contre toutes les homophobies et tous les nationalismes.

C’est en quelque sorte en « avant-avant-première » que j’ai eu l’occasion de découvrir le film « La Parade », dans le cadre du festival Cinéma et Droits humains à Paris, organisé par les militants d’Amnesty International en novembre dernier. Coup de projecteur sur toutes sortes d’injustices et de violations des droits fondamentaux à travers le monde, le festival est placé sous le signe de l’indignation et de l’engagement. Inutile de dire que l’on ne s’attend pas particulièrement à rire…

Caricature, dérision, burlesque, les armes redoutables de Srdjan Dragojevic

Et pourtant, un soir, changement d’ambiance avec La Parade ! Dès les premières minutes du film, une salle hilare, vibrant et réagissant à chacune des péripéties d’une improbable rencontre : celle d’un groupe LGBTI* serbe, bien déterminé à braver l’homophobie et à organiser une Gay Pride (« Parada ») à Belgrade, avec des individus plus que patibulaires, dont l’esprit est encore bien englué dans le conflit d’ex-Yougoslavie, mais qui seront amenés à assurer la sécurité de la marche.

La caricature, la dérision et le ressort burlesque s’avèrent des armes de dénonciation redoutables pour le réalisateur Srdjan Dragojevic. Sa « Parada » ne prêche pas que les convaincus et peut entraîner un large public à faire bouger les lignes : si même des gangsters à ce point pétris de préjugés peuvent être ébranlés dans leurs convictions homophobes, il y a de l’espoir ! Pour autant, le film sait s’écarter de la comédie et n’occulte en rien les ravages de l’homophobie dans cette région du monde et notamment les violences qui accompagnent encore aujourd’hui les « Marches des fiertés ».

La violence homophobe en Europe centrale et orientale

Cette violence homophobe évoquée dans le film m’a rappelé celle que j’ai personnellement vécue lorsque j’ai participé à la Bratislava Pride en Slovaquie. J’étais membre de l’une des délégations qu’Amnesty International envoie chaque année pour soutenir les marches dites « à risques ». Ces marches, exposées à des violences de la part de mouvements radicaux homophobes, lesbophobes ou transphobes, à des actes d’agressions et d’intimidations, nécessitent un dispositif de sécurité particulier qui n’est pas toujours pris en compte par les gouvernements… Dans les pays d’Europe centrale et orientale, il y a parfois plus d’opposants à une marche que de manifestants ! En Ukraine, Russie ou en Moldavie, par exemple, les « Marches des fiertés » ne peuvent pas avoir lieu parce que les autorités du pays les ont interdites sous prétexte que les risques de violences sont trop importants.

Ce soutien sur le terrain accompagne notre travail de plaidoyer auprès des institutions et les pétitions que nous appelons tous les citoyens à signer, pour lutter contre les discriminations homophobes et défendre la liberté d’expression et de réunion.

Face aux hordes de néo-nazis nationalistes

Je ne suis pas près d’oublier le millier de manifestants à Bratislava faisant face à des hordes de néo-nazis nationalistes, heureusement cette fois tenues à l’écart par des policiers deux fois plus nombreux qu’eux et accompagnés de chiens ; pas près d’oublier non plus l’obligation de respecter des consignes de sécurité très strictes et de cacher tout drapeau ou badge arc-en-ciel dès la fin d’un parcours totalement balisé, pour éviter une agression… Comme m’ont semblé loin les « Marches des fiertés », certes revendicatives mais malgré tout festives, de Paris ou d’Amsterdam !

Alors oui, vous allez rire avec La Parade, rire beaucoup même, mais sachez que vous serez également émus par ces héros ordinaires qui doivent risquer jusqu’à leur vie simplement pour réclamer le respect de la différence.

Et peut-être penserez-vous à eux lors de la prochaine Gay Pride dans votre ville, ou encore lorsque vous serez témoin d’actes d’homophobie en France… La vigilance est toujours de mise, ici et ailleurs, et la route est encore longue vers une véritable égalité des droits des LGBTI. La Parade est un film nécessaire, à voir d’urgence.

*LGBTI : Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres ou Intersexuées

Pour Noxolo, contre l’homophobie et l’impunité ! (Cécile Coudriou)

avril 24, 2013

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En ce lendemain d’une grande victoire pour l’égalité des droits en France, le vote solennel à l’Assemblée Nationale sur le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe, il faut aussi garder les yeux ouverts sur le reste du monde, et avoir à coeur d’exprimer une solidarité internationale envers des victimes d’homophobie, lesbophobie ou transphobie..

Ainsi, en Afrique du Sud, pourtant l’un des rares pays d’Afrique où l’homosexualité est légale, et le premier sur ce continent à avoir autorisé le mariage civil entre personnes de même sexe (en 2006), l’homophobie continue de faire des ravages, dans une impunité des plus choquantes.

C’est pourquoi Amnesty International France et les « Lesbiennes of Color » vous invitent à rendre hommage à Noxolo Nogwaza et à montrer votre soutien aux militantes lesbiennes sud-africaines qui luttent contre la violence des préjugés, l’indifférence et l’inaction de la police et de la justice.

Nous vous donnons rendez-vous à la Fontaine des Innocents (près des Halles à Paris) ce Mercredi 24 avril à 18 h, pour dire « Non à la lesbophobie ! Non à l’impunité ! »

2 ans déjà que cette jeune militante lesbienne sud-africaine de 24 ans, sortant d’une soirée chez des amis dans un township où elle vivait à l’est de Johannesburg, a été sauvagement battue, victime d’un viol dit correctif, et poignardée avant d’être jetée dans un fossé.

156759_South_Africa_LGBTI_rights_activist_with_rainbow_flagPourquoi un tel déchaînement de violence ? D’après les informations d’Amnesty International, Noxolo a été visée en raison de son orientation sexuelle et de son militantisme en faveur des des droits des personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuelles, trans et intersexuées). Membre du Comité d’organisation de la marche des fiertés d’Ekurhuleni (EPOC), elle menait des actions éducatives et de sensibilisation, et cherchait à donner aux personnes LGBTI des moyens d’agir pour lutter contre les crimes de haine, le harcèlement et l’injustice. Elle était bien consciente des risques qu’elle prenait à vivre son homosexualité au grand jour à travers son activisme, mais elle ne voulait pas laisser ce climat d’homophobie et d’impunité l’empêcher d’être ce qu’elle était et de défendre ce en quoi elle croyait.

Depuis qu’elle a été tuée en avril 2011,  on ne peut pas dire que la police ait fait preuve de beacoup de zèle, ni même d’initiative… L’enquête n’a pas avancé et aucun responsable présumé n’a été traduit en justice. Cette indifférence ne fait qu’aggraver le climat d’homophobie déjà tellement présent dans la société et elle conduit aussi souvent les personnes LGBTI à hésiter à déposer plainte en cas d’agressions. Parfois, ce qui les attend est même pire que de l’indifférence: mépris, moqueries… une double peine, en somme. Depuis 2007, au moins dix cas de viols de lesbiennes suivis de meurtre ont été signalés dans des townships situés dans diverses parties du pays.

C’est pourquoi l’impunité de tels actes homophobes, lesbophobes ou transphobes doit être combattue avec la plus grande force, de l’intérieur du pays mais aussi grâce à une pression internationale. Nous devons montrer avec Amnesty International un soutien sans faille aux personnes, comme les « Lesbians of Color », qui ont le courage de défendre leurs droits dans un tel climat de haine et d’insécurité. Rendre hommage à Noxolo, c’est bien sûr dénoncer le viol et le meurtre dont elle a été victime à cause de l’homophobie, mais c’est aussi lancer un appel à la justice et la police sud-africaines pour exiger une condamnation publique de cette homophobie ainsi qu’une enquête digne de ce nom pour retrouver les coupables et les juger.

Alors, on compte sur vous pour participer nombreux à ce rassemblement en hommage à Noxolo ce soir à 18h à la Fontaine des Innocents !

« La Parade », ou le rire contre l’homophobie (Tribune de Cécile Coudriou)

janvier 17, 2013

La haine de l’autre, la haine de tous les autres, la haine indifférente de toutes les différences… Avec « La Parade », Srdjan Dragojevic nous plonge, une fois de plus, dans la réalité contemporaine de l’ex-Yougoslavie, une triste réalité. Cécile Coudriou, vice-présidente d’Amnesty International France, a accepté d’évoquer pour JOL Press ce film et l’engagement d’Amnesty International contre toutes les homophobies et tous les nationalismes.

cecile_coudriou_tribune_la_parade

C’est en quelque sorte en « avant-avant-première » que j’ai eu l’occasion de découvrir le film « La Parade », dans le cadre du festival Cinéma et Droits humains à Paris, organisé par les militants d’Amnesty International en novembre dernier. Coup de projecteur sur toutes sortes d’injustices et de violations des droits fondamentaux à travers le monde, le festival est placé sous le signe de l’indignation et de l’engagement. Inutile de dire que l’on ne s’attend pas particulièrement à rire…

Caricature, dérision, burlesque, les armes redoutables de Srdjan Dragojevic

Et pourtant, un soir, changement d’ambiance avec La Parade ! Dès les premières minutes du film, une salle hilare, vibrant et réagissant à chacune des péripéties d’une improbable rencontre : celle d’un groupe LGBTI* serbe, bien déterminé à braver l’homophobie et à organiser une Gay Pride (« Parada ») à Belgrade, avec des individus plus que patibulaires, dont l’esprit est encore bien englué dans le conflit d’ex-Yougoslavie, mais qui seront amenés à assurer la sécurité de la marche.

La caricature, la dérision et le ressort burlesque s’avèrent des armes de dénonciation redoutables pour le réalisateur Srdjan Dragojevic. Sa « Parada » ne prêche pas que les convaincus et peut entraîner un large public à faire bouger les lignes : si même des gangsters à ce point pétris de préjugés peuvent être ébranlés dans leurs convictions homophobes, il y a de l’espoir ! Pour autant, le film sait s’écarter de la comédie et n’occulte en rien les ravages de l’homophobie dans cette région du monde et notamment les violences qui accompagnent encore aujourd’hui les « Marches des fiertés ».

La violence homophobe en Europe centrale et orientale

Cette violence homophobe évoquée dans le film m’a rappelé celle que j’ai personnellement vécue lorsque j’ai participé à la Bratislava Pride en Slovaquie. J’étais membre de l’une des délégations qu’Amnesty International envoie chaque année pour soutenir les marches dites « à risques ». Ces marches, exposées à des violences de la part de mouvements radicaux homophobes, lesbophobes ou transphobes, à des actes d’agressions et d’intimidations, nécessitent un dispositif de sécurité particulier qui n’est pas toujours pris en compte par les gouvernements… Dans les pays d’Europe centrale et orientale, il y a parfois plus d’opposants à une marche que de manifestants ! En Ukraine, Russie ou en Moldavie, par exemple, les « Marches des fiertés » ne peuvent pas avoir lieu parce que les autorités du pays les ont interdites sous prétexte que les risques de violences sont trop importants.

Ce soutien sur le terrain accompagne notre travail de plaidoyer auprès des institutions et les pétitions que nous appelons tous les citoyens à signer, pour lutter contre les discriminations homophobes et défendre la liberté d’expression et de réunion.

Face aux hordes de néo-nazis nationalistes

Je ne suis pas près d’oublier le millier de manifestants à Bratislava faisant face à des hordes de néo-nazis nationalistes, heureusement cette fois tenues à l’écart par des policiers deux fois plus nombreux qu’eux et accompagnés de chiens ; pas près d’oublier non plus l’obligation de respecter des consignes de sécurité très strictes et de cacher tout drapeau ou badge arc-en-ciel dès la fin d’un parcours totalement balisé, pour éviter une agression… Comme m’ont semblé loin les « Marches des fiertés », certes revendicatives mais malgré tout festives, de Paris ou d’Amsterdam !

Alors oui, vous allez rire avec La Parade, rire beaucoup même, mais sachez que vous serez également émus par ces héros ordinaires qui doivent risquer jusqu’à leur vie simplement pour réclamer le respect de la différence.

Et peut-être penserez-vous à eux lors de la prochaine Gay Pride dans votre ville, ou encore lorsque vous serez témoin d’actes d’homophobie en France… La vigilance est toujours de mise, ici et ailleurs, et la route est encore longue vers une véritable égalité des droits des LGBTI. La Parade est un film nécessaire, à voir d’urgence.

*LGBTI : Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres ou Intersexuées

(publié le 15/1/2013)