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Témoignage à Paris 13 : Pollution pétrolière au Nigéria et bras de fer contre Shell

décembre 22, 2012

Grande émotion d’accueillir, pour la clôture du Marathon des signatures 2012, le pasteur Christian Lekova Kpandei, pilier de la communauté de Bodo au Nigéria. Il est venu à la rencontre des étudiants et personnels de l’université Paris 13 pour témoigner de la pollution pétrolière incontrôlée qui détruit la vie d’environ 69 000 habitants depuis 4 ans. Avec chaleur, passion et conviction, il nous a raconté le combat qu’il mène, avec sa communauté et le soutien d’Amnesty International, contre Shell.

Interviewé par Cécile Coudriou, (à la fois enseignante à Paris 13 et vice-présidente d’Amnesty France), Christian évoque tout d’abord la vie de la communauté de Bodo, avant 2008 : c’était une communauté prospère, qui profitait des ressources en poisson abondantes du delta du Niger et des terres agricoles. Les enfants pouvaient ainsi aller à l’école et à l’université. Christian, pasteur dans une église, possédait une ferme piscicole qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille, sa femme, ses deux enfants, et les cinq orphelins qu’il avait recueillis, et d’aider les plus défavorisés de la communauté. Il employait même 10 personnes qui gagnaient convenablement leur vie.

Mais depuis la catastrophe, le jour où l’environnement a été soudainement contaminé par une marée de pétrole brut , les habitants de Bodo vivent une véritable tragédie, à la fois écologique, économique, et sanitaire : ils ont perdu tout moyen de subsistance car l’écosystème est détruit, ils doivent boire de l’eau polluée, manger des poissons contaminés, cultiver des terres souillées, et respirer un air vicié par le pétrole et le gaz. La cause de ce déversement de pétrole qui continue depuis quatre ans ? Deux fuites dans l’un des pipelines de la société pétrolière Shell qui traversent le village, équipement vétuste – « aussi vieux que moi », ironise Christian, qui a 50 ans – mal entretenu et percé par la corrosion.

Puis, Christian explique que Shell n’a pas tout de suite reconnu sa responsabilité malgré l’action immédiate des habitants, et a prétendu que la majorité des déversements d’hydrocarbures étaient dus au vandalisme, au détournement illégal, ou surtout au sabotage par des groupes de militants. Cette situation est malheureusement représentative de ce qui se passe dans le delta du Niger, où les multinationales qui exploitent le pétrole polluent en toute impunité et plongent des communautés entières dans la misère. En effet, l’Etat nigérian, dont plus de 90% du budget provient des industries pétrolières, est bien trop dépendant pour réglementer les compagnies.

Face à la corruption omniprésente au Nigéria, les habitants de Bodo ont engagé en avril 2011 une procédure à Londres, où se situe le siège de Shell, pour que l’entreprise répare les fuites, nettoie la zone et indemnise décemment les victimes. Ils sont soutenus dans ce combat par Amnesty International, qui travaille en colllaboration avec des ONG locales comme le Centre pour le développement, l’environnement et les droits humains. Les ONG ont permis des recherches scientifiques poussées pour constater les dégâts  environnementaux, et d’après Christian, la présence d’Amnesty International a aussi entraîné celle des médias les plus importants et a donc contribué à exposer le cas de Bodo au monde entier.

Cette rencontre, temps fort du Marathon des signatures, restera gravée dans les mémoires. Recevoir l’une des personnes que l’on défend à travers les pétitions rend indéniablement l’engagement plus fort et plus concret. La salle de 75 places était pleine à craquer, pour le plus grand bonheur de Christian Lekova et des militants d’Amnesty. Christian a beaucoup insisté sur le fait que parler de son histoire, obtenir des signatures, était important car cela contribuait grandement à la fois à soutenir moralement les personnes dont les droits sont bafoués et à faire pression sur les responsables. Pour les militants  qui se sont engagés dans le Marathon, cela fait vraiment une différence de placer une réalité, un visage derrière une signature qui a pris quelques secondes. On prend le temps de comprendre  pourquoi et comment a pu arriver une telle violation des droits et ce qu’il est possible de faire pour aider ceux qui en sont victimes. Ce témoignage a été un moment très précieux, touchant et chaleureux, qui donne encore plus d’énergie pour continuer à défendre les droits humains.

Depuis, nous avons suivi de près l’actualité du combat de la communauté de Bodo et nous avons constaté avec beaucoup d’enthousiasme les premiers effets de la mobilisation, notamment le jugement rendu vendredi 14 décembre par la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO : la cour a conclu à l’unanimité que le gouvernement nigérian était responsable des violations commises par les compagnies pétrolières et a indiqué clairement que le gouvernement devait demander aux entreprises et autres responsables de rendre des comptes. Il faut à présent continuer la mobilisation pour que le gouvernement nigérian suive ces conclusions.

Camille Hervé, avec la participation de Quentin Beucler et de Cécile Coudriou

Retour des rendez-vous hebdomadaires pour l’AJ Paris 13

novembre 1, 2012

Après une présence remarquée lors des Midis de la rentrée, les membres de l’Antenne Jeunes se remettent au boulot ! Les réunions, qui ont débuté mi-novembre, retrouvent le créneau du jeudi de 13 à 14h.

En ce début d’année, l’AJ s’active pour préparer la rencontre avec  Jean-François Dubost, responsable du service Réfugiés, et Adélie Chevée, responsable de la Commission Personnes déracinées, à Amnesty International France. La date de la rencontre est fixée au 14 novembre, de 12h à 13h30. La préparation se concentre surtout sur les actions de communication à mener : affichage, tractage, interventions « teaser » en classe. Après avoir travaillé à l’écriture d’un texte clair et concis pour annoncer à la fois la présence d’Amnesty sur le campus et la rencontre-débat, on s’est entrainé à le dire oralement, soit en solo, soit en jeux de rôles et en dialogue, fous rires garantis…

Nous avons été très heureux d’accueillir de nouveaux membres cette année. La première réunion a réuni six personnes – malgré l’indisponibilité de membres habituels -, la seconde le double. Autre bonne nouvelle, l’AJ de Paris 13 devient internationale avec l’arrivée de Paula, suédoise étudiante Erasmus et Lisa, canadienne anglophone (mais bilingue !).

Nous avons pu présenter aux nouveaux arrivants l’Antenne Jeunes, la mission d’Amnesty et les actions à mener sur le campus . Les nouvelles affiches de promo de l’AJ, réalisées par Cécile, ont été très remarquées !

Et n’oublions pas l’essentiel, la préparation de notre prochaine action : la rencontre s’inscrira dans la campagne d’Amnesty International pour le droit d’asile. Nous aurons l’occasion de faire signer la pétition appelant les autorités de Chypre à respecter les droits des migrants et des demandeurs d’asile, en mettant fin à leur emprisonnement injustifié et illégal, dans des conditions de détention indignes de surcroît.

Après notre campagne de rentrée, la rencontre-débat « Réfugiés, un scandale planétaire », il faudra activement préparer le Marathon des Signatures, dont les cas de « personnes en danger » viennent d’être annoncés, et qui se déroulera la seconde semaine de décembre. Dès le 22 novembre, une série de réunions sera programmée pour sélectionner les « cas » sur lesquelles on va se concentrer et préparer un événement. Raisons de plus pour faire le maximum lors de la rencontre-débat pour attirer de nouveaux membres !

Camille Hervé, responsable de l’AJ Paris 13

Happy end pour Chen Guangcheng ?

juin 3, 2012

En avril dernier, cette histoire a fait le tour de la planète et a provoqué une grave crise diplomatique entre les Etats-Unis et la Chine : un dissident chinois s’était réfugié à l’ambassade des Etats-Unis pendant six jours, après une incroyable évasion de son domicile devenu une prison. Cet homme, c’est Chen Guancheng, un avocat aveugle autodidacte et défenseur des droits humains.

Le calvaire de Chen et sa famille :

Depuis septembre 2010, Chen Guancheng et sa famille étaient retenus en résidence surveillée sans jugement ni inculpation et victimes de traitements épouvantables. « Je suis sorti d’une petite prison pour aller dans une plus grande », disait-il. En effet, il avait auparavant purgé quatre ans de prison pour avoir dénoncé la pratique des avortements et des stérilisations forcés dans le comté de Linyi, une ville de la province du Shandong, et demandé réparation en justice pour les victimes.

Un imbroglio diplomatique sino-américain :

Après l’appel à l’aide de Chen Guancheng aux autorités américaines, les pressions de la part de Washington ont été nécessaires pour le sortir d’une situation extrêmement préoccupante. Mais le happy end annoncé un peu vite s’est aussitôt dérobé : malgré les promesses des autorités chinoises de lui rendre sa liberté, et de le laisser s’installer dans une autre province, les pressions se sont multipliées contre sa famille et ses proches. C’est pourquoi, alors que Chen déclarait dans un premier temps vouloir rester en Chine et poursuivre de l’intérieur son combat pour la justice, un coup de théâtre s’est produit : lorsque, conduit par l’ambassadeur des Etats-Unis en personne dans un hôpital de Pékin, il retrouve sa famille, mais perd sa protection diplomatique. Soudain, il semble pris de panique et demande finalement  à quitter son pays pour les Etats-Unis.

Il avait reçu une proposition de bourse d’études pour étudier à New York, il finit par obtenir un passeport pour lui et sa famille, et, le samedi 19 mai, il est conduit directement à l’aéroport international de Pékin pour embarquer à bord d’un vol pour les Etats-Unis.

Happy end  ou déception ?

C’est bien sûr un soulagement pour les amis de Chen Guangcheng, mais d’un autre côté, c’est décevant pour la cause des droits de l’homme en Chine. Loin de l’annonce initiale qui aurait constitué un véritable tournant, laisser libre un homme qui avait défié les autorités locales par son action, puis nationales en se réfugiant à l’ambassade américaine, cet épilogue rappelle malheureusement d’autres histoires de dissidents contraints à l’exil : c’est aussi un « happy end » pour Pékin,  rassuré de s’être « ôté une épine du pied » en le laissant quitter le pays, et espérant bien qu’il sera vite oublié et son combat pour la cause des droits humains avec lui. D’autant que Pékin mettra tout en oeuvre pour le faire disparaître, grâce à la censure informatique. Son nom sera tout simplement effacé d’Internet.

Nouveau départ aux USA :

Jeudi dernier à New York, Chen Guangcheng a fait sa première grande apparition publique, et il s’est montré résolument optimiste : « le changement démocratique en Chine est lent mais irréversible » a-t-il déclaré, et il a également répété qu’il ne souhaitait pas l’asile politique aux Etats-Unis et avait l’intention de rentrer un jour dans son pays, après une période de repos.

Solidarité et soutien d’Amnesty International : Lunettes noires pour Chan Guangcheng  !

Même si l’on ne peut pas dire que cette histoire a eu la meilleure issue possible pour la cause des droits humains, l’Antenne-Jeunes de Paris 13 a été très touchée par le courage exemplaire de cet homme. Nous avons échangé  sur l’action de plaidoyer menée par Amnesty International, à la fois auprès des USA et de la Chine. (pour en savoir plus, voici 2 liens vers des communiqués de presse d’AI:  http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Protegeons-les-personnes/Defenseurs-des-Droits-Humains/Actualites/Chine-les-pressions-americaines-sont-essentielles-pour-Cheng-Guancheng-5338 http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/La-Chine-doit-garantir-la-securite-de-Chen-Guangcheng-5301)  et c’est avec un grand plaisir que nous avons participé à cet appel à la solidarité lancé par l’ONG : il s’agissait tout simplement de prendre des photos avec des lunettes noires comme celles de Chen, un message de soutien, et surtout de faire en sorte que cet appel soit relayé le plus largement possible.Des dizaines de militants chinois et du monde entier s’étaient déjà mobilisés : http://ichenguangcheng.blogspot.co.uk/

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Camille Hervé et Cécile Coudriou

« La liberté au bout des ondes » : Rencontre avec Shahinaz Abdel Salam, blogueuse et activiste egyptienne

avril 8, 2012

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Préparatifs

Midi, au forum du campus de Villetaneuse, en ce jeudi 5 avril 2012. Quelques membres de l’Antenne-Jeunes Amnesty de l’Université Paris 13 s’affairent à installer le stand : ils commencent par déplier une grande banderole en hommage au cri de liberté lancé à travers tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, puis affichent quelques photos des révolutions arabes, entourées d’un ruban jaune sur lequel on peut lire le message de ce Printemps des Droits Humains pour tous les jeunes d’Amnesty International : « Pas de liberté sans expression ! ». Puis deux tables sont installées, l’une pour proposer des informations et deux pétitions (pour soutenir la liberté d’expression en Tunisie et en Egypte respectivement), l’autre avec sono, pour accueillir et interviewer Shahinaz Abdel Salam, blogueuse et activiste egyptienne de 33 ans. Elle est aussi l’auteure du livre Egypte, les débuts de la liberté, publié chez Michel Lafont en octobre 2011, qui retrace son engagement dans le combat pour la défense des droits de la femme en Egypte et met aussi en relief son implication dans la révolte qui a conduit au départ d’Hosni Moubarak, le 11 février 2011.

La jeune femme, ingénieure en télécommunications, vit depuis plusieurs années en France, et a très gentiment accepté l’invitation de la section française d’Amnesty à participer à divers événements organisés par les Antennes-Jeunes pour le Printemps des Droits Humains. Celle de Paris 13 a opté pour une rencontre ouverte sous le forum, lieu de passage le plus fréquenté à l’heure de déjeuner. La volonté est de toucher le plus grand nombre, mais c’est aussi un pari risqué, car beaucoup d’étudiants ou membres du personnel ne font justement que passer…

À l’arrivée de Shahinaz, on sent encore un peu de nervosité dans l’Antenne-Jeunes, car seulement une douzaine de personnes sont venues exprès pour l’occasion, prévenues par les affiches ou les annonces par mails, et dans le grand espace qu’est le forum, cela paraît peu ! Shahinaz au contraire, est tout de suite très à l’aise, et entame une discussion en arabe avec une étudiante qui parle parfaitement l’égyptien !

Pendant ce temps, plusieurs annonces sont faites au micro, à la fois pour inviter à signer les pétitions au stand et pour venir échanger avec Shahinaz, et ça marche, car finalement, 110 signatures auront été récoltées pour chaque pétition (sans oublier le rôle de l’ « équipe mobile » autour du stand !) et sans doute une cinquantaine de personnes qui auront assisté à cette rencontre.

Génération Internet

Interrogée par Tambadian et Camille, Shahinaz Abdel Salam raconte qu’elle a commencé son activité de blogueuse en 2005, dans une Égypte où la jeunesse a peu de place pour s’exprimer. Internet est alors leur moyen d’expression de prédilection pour essayer de changer les choses. Shahinaz milite aussi dans le mouvement Kefaya (« Ça suffit »), et son activité de blogueuse prend de plus en plus d’ampleur. Dans un État où « les policiers gouvernent », les manifestations sont strictement limitées et contrôlées. Shahinaz témoigne de manifestations où « on était des dizaines, entourés par des centaines de policiers avec des armes ».

Sur son blog, elle poste régulièrement des photos et des vidéos des manifestations. « On était la première génération à utiliser Internet et le blog pour s’exprimer, parler sur ce régime », raconte-elle. Le mouvement des blogueurs s’intensifient en 2006 et de plus en plus de jeunes Égyptiens commencent à utiliser ce média pour manifester la liberté d’expression à laquelle ils n’ont pas droit dans leur pays. Les autres médias, notamment les télévisions étrangères, commencent à s’intéresser au mouvement. Aujourd’hui, les réseaux sociaux comme Facebook et Twittter, plus pratiques, sont davantage utilisés pour mobiliser et informer. « Parfois, en une phrase, on dit tout ! », selon Shahinaz.

Au cœur de la révolution

Kefaya lance le premier appel à la mobilisation le 6 avril 2008, notamment via Facebook. « Ce jour-là, la police égyptienne était vraiment perdue », grâce à l’organisation décentralisée du mouvement d’internautes. Les jours fériés sont consacrés à la mobilisation. En 2011, « la Tunisie nous a donné l’espoir, c’est pour ça qu’on a continué jusqu’au bout et qu’on s’est débarrassé de Moubarak ». Cependant, au cœur du mouvement, sur la place Tahrir, les militaires sont déjà présents. Elle explique avoir été méfiante, même si elle espérait qu’ils allaient soutenir la révolution. « On s’est trompé, il ne fallait pas croire aux militaires ».

Un combat pour les femmes

Son combat pour les droits des femmes est tout aussi important et elle appelle les femmes égyptiennes à l’autonomie et à l’indépendance par rapport aux hommes. Elle souhaite plus de place pour la parole des femmes dans la politique et replace le contexte par rapport à la charia. « Les principes de la charia, c’est l’égalité, la liberté, la fraternité », tordant le cou aux idées préconçues de l’Occident sur la charia. « Le problème, c’est l’interprétation qu’ils font ». Les lois égyptiennes ont été « des interprétations très extrémistes pour les femmes », et elle dénonce également la pratique barbare qu’est l’excision, un problème majeur en Égypte pour les femmes. Malgré tout, elle croit en l’islam pour améliorer la société.

L’Égypte aujourd’hui

Pour Shahinaz, le mouvement n’a pas encore abouti. « La révolution continue, c’est pas fini, parce qu’aujourd’hui on a toujours le Conseil militaire, l’état d’urgence, et aussi les islamistes ». Elle critique vivement les islamistes, qui ont abusé du pouvoir religieux pour obtenir des voix. Elle dénonce également les massacres commis par les militaires, qui ont tués des civils et des manifestants : « beaucoup de jeunes ont perdu la vie sans raison ». Le mouvement lutte activement contre les militaires, qui ont retourné la révolution et ont fait passer les blogueurs pour des traîtres, accusés d’avoir été « formés par les États-Unis pour renverser le régime ». Elle répond que « c’est du n’importe quoi », et s’insurge au passage contre les récentes allégations de Tariq Ramadan destinées à discréditer les blogueurs. Dans son côté, elle n’est allée aux États-Unis qu’après l’élection d’Obama et ne se fait guère d’illusions sur l’intérêt qu’avaient les américains à voir Moubarak quitter le pouvoir.

Que d’échanges !

Grâce au naturel et à la fraîcheur de Shahinaz, l’événement a trouvé un écho immédiat au cœur du forum pour notre plus grand plaisir. En effet, les questions se sont ensuite succédées, notamment sur l’avenir de l’engagement de Shahinaz, les risques éventuels à retourner en Egypte, ses contacts avec des blogueurs tunisiens et syriens. On s’est également interrogé sur la volonté des blogueurs de s’engager en politique, et Shahinaz a rappelé sa volonté d’indépendance dans la critique du pouvoir. Enfin, elle a été questionnée sur l’avenir de l’Égypte et sa souveraineté, par rapport aux autres puissances étrangères. Nous tenions beaucoup à ce que tout le monde puisse prendre la parole, et que cette rencontre soit l’occasion d’échanges spontanés, nous n’avons pas été déçus, et Shahinaz était manifestement tout aussi ravie !

Avec Shahinaz et des participants, nous avons achevé cet hommage aux Printemps arabe avec un autre geste de solidarité  : une pétition-photo avec le message « Arrêtez le bain de sang en Syrie », à mettre sur le site http://www.eyesonsyria.org/ (rubrique « Activism Stories »).

Un immense merci à Shahinaz Abdel Salam, qui sera également présente le vendredi 13 avril à partir de 19h30 lors de la soirée organisée par les Antennes Jeunes d’Ile-de-France, « Egypte, Tunisie, Syrie : Pas de liberté sans expression ! », sur la Péniche Alternat à Paris (quai de Berçy, métro Bercy), pour une table ronde sur le rôle des réseaux sociaux dans les révolutions arabes.

Camille Hervé et Cécile Coudriou

C’est le Printemps des Droits Humains à Paris 13 !

avril 2, 2012

Pour l’édition 2012 du Printemps des droits humains d’Amnesty International, l’Antenne-Jeunes de Paris 13 organisera une rencontre avec Shahinaz Abdel Salam, blogueuse et activiste égyptienne, le jeudi 5 avril de 12h à 14h au forum du campus de Villetaneuse, pour parler du rôle de la jeunesse et de la cyber-dissidence dans les soulèvements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Ce sera une occasion exceptionnelle – pour tous les étudiants et personnels de Paris 13, mais aussi pour toute personne extérieure qui le désire  –  d’échanger lors de cette rencontre-débat avec une pionnière du mouvement de protestation en Égypte qui a contribué à la chute d’Hosni Moubarak.

L’Antenne-Jeunes de Paris 13 demandera à tous de participer à son action, en proposant à son stand d’informations deux pétitions d’Amnesty International, « Tunisie : Halte au harcèlement des journalistes » et « Egypte : Halte au harcèlement des manifestants ».

Amnesty International a dédié cette année son Printemps des droits humains à la défense de la liberté d’expression et rend un hommage particulier à cette jeunesse qui a été en première ligne de toutes les manifestations à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, pour exiger le respect de la dignité humaine.

Les soulèvements populaires ont commencé en décembre 2010 en Tunisie, et se sont propagés à une vitesse incroyable à travers toute la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, notamment en Égypte, en Libye, à Bahreïn, au Yémen, en Irak, en Syrie et même en Arabie saoudite. Partout ces soulèvements ont porté les mêmes exigences de changements : respect des droits humains – fin de la répression et liberté d’expression – de meilleures conditions de vie, et enfin, une place dans la construction de l’avenir de leur pays. Tout au long de ces événements, les outils numériques et Internet ont joué un rôle important en permettant aux jeunes d’exprimer leurs pensées et leurs opinions, communiquer les uns avec les autres et exprimer leur soif de changement.

Amnesty International s’engage en faveur du droit à la liberté d’expression pour les blogueurs, manifestants et journalistes et exprime son soutien en faveur des peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. L’organisation exhorte tous les dirigeants de cette région du monde à respecter les droits humains, notamment le droit à la libre manifestation pacifique et au libre accès à Internet et aux moyens d’information et de communication dans le cadre de la législation internationale. Elle s’élève également contre les sanglants actes de torture menés dans le cadre de la répression violente des manifestations par les gouvernements et réclame l’obligation de rendre des comptes.

Sources : Compléments d’informations AI « Soulèvements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, la jeunesse et les réseaux sociaux » et « Amnesty International et la liberté d’expression, le cas de l’Egypte et de la Tunisie ».

En savoir plus sur Shahinaz Abdel Salam : http://www.franceinter.fr/personne-shahinaz-abdel-salam

et en savoir plus sur la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord via la page Facebook : https://www.facebook.com/pages/Avec-Amnesty-pour-les-droits-dans-la-r%C3%A9gion-Moyen-Orientet-
Afrique-du-Nord/

ou le rapport d’Amnesty International, à télécharger ici : http://www.amnesty.fr/Documents/Une-annee-de-rebellion-la-situation-des-droits-humains-au-Moyen-Orient-et-en-Afrique-du-Nord

Camille Hervé et Cécile Coudriou

Retour sur la projection-débat « Torture Made in USA » à Paris 13

mars 14, 2012


Après plusieurs semaines de préparation, l’AJ de Paris 13 a eu le plaisir d’accueillir, lundi soir, une vingtaine d’étudiants et membres du personnel autour de la projection-débat « Torture made in USA », dans le cadre de la campagne d’Amnesty International « Pas de sécurité sans droits humains ».

Le documentaire de Marie-Monique Robin retrace l’engrenage qui a conduit les États-Unis, depuis le 11 septembre 2001, à progressivement légaliser les actes de torture dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Dès le début, les vidéos amateurs des deux tours en train de s’effondrer posent le décor d’une époque où les sentiments d’horreur et de peur panique seront omniprésents dans le pays. Quelques jours plus tard, dans l’émotion, Dick Cheney tient à la télévision des propos qui paraîtront prophétiques : « Nous devons libérer de toute contrainte les services de renseignement pour qu’ils puissent conduire à leur mission. ». Par « contrainte », entendez ici les Conventions de Genève de 1949…

D’anciennes personnalités haut placées telles que l’ancien conseiller de Condoleeza Rice à la Maison Blanche, témoignent de décisions et de mémos internes à l’administration américaine, qui ont successivement repoussé les limites de la définition légale de la torture dans le but d’obtenir des informations des prisonniers présumés terroristes. Il était important de noter les résistances internes à ces décisions : Colin Powell, alors à la tête du Département d’État, s’était élevé contre. Il a alors été écarté de toutes décisions concernant ce sujet.

Le documentaire revient aussi sur le scandale d’Abou Ghraib qui a profondément choqué et mobilisé l’opinion publique, et pose la question de la responsabilité et de l’impunité. Seuls les militaires présents en Irak, considérés comme des « brebis galeuses », ont été sanctionnés. Pas une fois l’administration du « grand frère » Guantanamo n’a été inquiétée, alors que les preuves de traitements inhumains et dégradants dans le camp se sont accumulées. Impunité totale également, autour des restitutions de prisonniers, des présumés terroristes enlevés et envoyés en détention secrète sur des « sites noirs »

Le film a montré son efficacité en sensibilisant les étudiants à cette question et en provoquant des discussions riches en réflexion : comment la torture a été justifiée, mise en œuvre, et même encadrée par l’administration.  Nous avons également échangé sur les conséquences, notamment les conséquences psychologiques de la torture, non seulement sur les victimes mais aussi sur les bourreaux eux-mêmes.  Le débat a aussi permis de prolonger la remise en cause de l’argument de l’utilité de la torture  et d’évoquer les autres moyens légaux et plus efficaces pour obtenir des informations, comme l’infiltration.

Une étudiante s’est dite « déçue » par la politique américaine et l’impunité dont jouissent les responsables : comme en conclut le film, cette légalisation de la torture par les États-Unis, ces dérives dans la guerre contre le terrorisme, au mépris de toute convention internationale telle que la Convention contre la Torture, ne feront qu’encourager d’autres pays à en faire autant et restera comme « une tâche sur le drapeau ». Comment une démocratie peut-elle être crédible lorsqu’elle dénonce des violations des droits humains à travers le monde alors qu’elle en commet par ailleurs dès qu’elle se sent menacée ?

Beaucoup de questions, et beaucoup d’échanges, à l’issue de cette projection, et nous remercions vivement les étudiants, membres du personnel du campus et membres de l’AJ qui y ont participé !

Camille Hervé

Retour sur le Week-End des Antennes Jeunes à la section française (Par Camille Hervé)

novembre 14, 2011

Ambiance de couloir de fac, ces 5 et 6 novembre, au siège d’Amnesty International France, sur le boulevard de la Villette. Le week-end dernier s’y tenait le week-end des Antennes Jeunes d’Amnesty, réunissant des membres d’AJ de toute la France. Au final, très peu de Parisiens : de Sciences Po Lille à l’université de Bordeaux, en passant par le lycée de St-Nazaire et l’AJ de Chambéry, des lycéens et étudiants de tous horizons sont venus passer deux journées bien remplies à Paris, dans un but de formation, d’échanges et, bien sûr, de rencontres avec d’autres jeunes militants. Au programme : ateliers, conférences, rencontres…et une action de rue.

Les temps forts de ce week-end concernant l’action ont été les préparations aux deux grandes campagnes annuelles d’Amnesty pour les Antennes-Jeunes, le marathon des signatures et le Printemps des Droits Humains (PDH). À la suite des présentations des objectifs de chaque campagne, jeunes et intervenants d’AI se sont répartis en ateliers pour faire un point sur les dispositifs et actions à envisager. Les nouveaux ont pu alors profiter des conseils de jeunes plus expérimentés, et chacun a apporté une idée, une contribution.

L’essentiel pour le Marathon qui se déroulera du 3 au 17 décembre : des actions clés en main sur un campus ou hors campus, notamment un dispositif événementiel avec un ruban délimitant la « zone de personnes en danger », les panneaux des visages de ces personnes ainsi que les textes de solidarité écrits pour eux par des artistes, sans oublier bien sûr les pétitions. Par ailleurs, du matériel pour l’opération « Shine A Light » du week-end du 9 et 10 sera proposé, comprenant lanternes, panneaux d’exposition et projections murales des visages des 12 cas, et. Quant au PDH, il sera centré pour ce printemps 2012 sur la région du Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), avec des actions autour de la Tunisie, de la Libye, de l’Égypte et de la Syrie. Ces actions devront mettre en avant trois éléments : l’importance de la jeunesse, le rôle d’Internet et la répression violente qui s’exerce ou s’est exercée dans ces pays contre la population civile, et notamment contre les cyberactivistes.

Ce week-end était aussi un moment privilégié de formation, et l’occasion était donnée aux jeunes de pouvoir participer à des ateliers en lien direct avec les problématiques d’Amnesty. Le samedi : comment faire vivre une Antenne-Jeunes, quels types d’actions mener, comment lever des fonds. Et le dimanche : rencontre avec un chercheur, jeux de rôle autour du parcours d’un réfugié, échange sur les principes fondamentaux d’AI et leur implication concrètes dans nos actions… Un autre moment important fut aussi la rencontre avec Aziz Barkaoui, coordinateur jeunes de la section tunisienne d’Amnesty : il nous a d’abord raconté le quotidien des militants et de jeunes Tunisiens sous le régime de Ben Ali et pendant la révolution. Puis il nous a présenté le parcours de sa section et ses priorités aujourd’hui.

Le samedi, tous les jeunes et quelques intervenants du WEAJ se sont mobilisés pour une soirée dans le cadre d’une action de rue à Beaubourg, après s’être préparés et avoir répété au siège. Centrée sur la campagne de rentrée « Contre la peine de mort en Biélorussie », l’action mettait en scène un peloton d’exécution stoppé par des militants d’Amnesty. Autour de la scène, une dizaine de personnes circulaient avec la pétition. Au total, plus de 200 signatures en moins d’une heure !

Enfin le dimanche, les membres d’AJ adhérents à Amnesty International ont pu voter pour élire leurs représentants des Antennes-Jeunes au Conseil National, les “CNAJ”.

Le week-end fut intense, très enrichissant et surtout très bien organisé par les responsables du service jeunes. Il y a eu beaucoup d’informations, autant au niveau du fonctionnement d’une AJ et celui interne à AIF que des types d’actions que l’on peut mener. Ce fut bien sûr l’occasion d’avoir des contacts avec des responsables d’AIF et d’autres AJ. C’était très motivant de voir d’autres jeunes aussi impliqués, certains avec une expérience en termes d’actions et de mises en scène.

Une très bonne expérience, dont on se souviendra !

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