Archive for the ‘Discriminations’ Category

« La Parade », ou le rire contre l’homophobie (Tribune de Cécile Coudriou)

janvier 17, 2013

La haine de l’autre, la haine de tous les autres, la haine indifférente de toutes les différences… Avec « La Parade », Srdjan Dragojevic nous plonge, une fois de plus, dans la réalité contemporaine de l’ex-Yougoslavie, une triste réalité. Cécile Coudriou, vice-présidente d’Amnesty International France, a accepté d’évoquer pour JOL Press ce film et l’engagement d’Amnesty International contre toutes les homophobies et tous les nationalismes.

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C’est en quelque sorte en « avant-avant-première » que j’ai eu l’occasion de découvrir le film « La Parade », dans le cadre du festival Cinéma et Droits humains à Paris, organisé par les militants d’Amnesty International en novembre dernier. Coup de projecteur sur toutes sortes d’injustices et de violations des droits fondamentaux à travers le monde, le festival est placé sous le signe de l’indignation et de l’engagement. Inutile de dire que l’on ne s’attend pas particulièrement à rire…

Caricature, dérision, burlesque, les armes redoutables de Srdjan Dragojevic

Et pourtant, un soir, changement d’ambiance avec La Parade ! Dès les premières minutes du film, une salle hilare, vibrant et réagissant à chacune des péripéties d’une improbable rencontre : celle d’un groupe LGBTI* serbe, bien déterminé à braver l’homophobie et à organiser une Gay Pride (« Parada ») à Belgrade, avec des individus plus que patibulaires, dont l’esprit est encore bien englué dans le conflit d’ex-Yougoslavie, mais qui seront amenés à assurer la sécurité de la marche.

La caricature, la dérision et le ressort burlesque s’avèrent des armes de dénonciation redoutables pour le réalisateur Srdjan Dragojevic. Sa « Parada » ne prêche pas que les convaincus et peut entraîner un large public à faire bouger les lignes : si même des gangsters à ce point pétris de préjugés peuvent être ébranlés dans leurs convictions homophobes, il y a de l’espoir ! Pour autant, le film sait s’écarter de la comédie et n’occulte en rien les ravages de l’homophobie dans cette région du monde et notamment les violences qui accompagnent encore aujourd’hui les « Marches des fiertés ».

La violence homophobe en Europe centrale et orientale

Cette violence homophobe évoquée dans le film m’a rappelé celle que j’ai personnellement vécue lorsque j’ai participé à la Bratislava Pride en Slovaquie. J’étais membre de l’une des délégations qu’Amnesty International envoie chaque année pour soutenir les marches dites « à risques ». Ces marches, exposées à des violences de la part de mouvements radicaux homophobes, lesbophobes ou transphobes, à des actes d’agressions et d’intimidations, nécessitent un dispositif de sécurité particulier qui n’est pas toujours pris en compte par les gouvernements… Dans les pays d’Europe centrale et orientale, il y a parfois plus d’opposants à une marche que de manifestants ! En Ukraine, Russie ou en Moldavie, par exemple, les « Marches des fiertés » ne peuvent pas avoir lieu parce que les autorités du pays les ont interdites sous prétexte que les risques de violences sont trop importants.

Ce soutien sur le terrain accompagne notre travail de plaidoyer auprès des institutions et les pétitions que nous appelons tous les citoyens à signer, pour lutter contre les discriminations homophobes et défendre la liberté d’expression et de réunion.

Face aux hordes de néo-nazis nationalistes

Je ne suis pas près d’oublier le millier de manifestants à Bratislava faisant face à des hordes de néo-nazis nationalistes, heureusement cette fois tenues à l’écart par des policiers deux fois plus nombreux qu’eux et accompagnés de chiens ; pas près d’oublier non plus l’obligation de respecter des consignes de sécurité très strictes et de cacher tout drapeau ou badge arc-en-ciel dès la fin d’un parcours totalement balisé, pour éviter une agression… Comme m’ont semblé loin les « Marches des fiertés », certes revendicatives mais malgré tout festives, de Paris ou d’Amsterdam !

Alors oui, vous allez rire avec La Parade, rire beaucoup même, mais sachez que vous serez également émus par ces héros ordinaires qui doivent risquer jusqu’à leur vie simplement pour réclamer le respect de la différence.

Et peut-être penserez-vous à eux lors de la prochaine Gay Pride dans votre ville, ou encore lorsque vous serez témoin d’actes d’homophobie en France… La vigilance est toujours de mise, ici et ailleurs, et la route est encore longue vers une véritable égalité des droits des LGBTI. La Parade est un film nécessaire, à voir d’urgence.

*LGBTI : Lesbiennes, Gays, Bisexuelles, Transgenres ou Intersexuées

(publié le 15/1/2013)

Participation de l’AJ Paris 13 au festival étudiant (UNEF) pour l’égalité des droits, avril 2011

avril 30, 2011

L’Antenne-Jeunes d’Amnesty Paris 13 ne pouvait pas rater cette occasion ! Le syndicat UNEF organisait un festival étudiant pour l’égalité des droits sur divers campus universitaires, et sur celui de Villetaneuse, nous avons été conviés à participer à un village associatif sur le forum, le mardi 26 avril entre 10h et 16h.

Nous avons décidé de préparer un stand qui permettrait de découvrir notre mouvement à travers l’un de nos combats contre les discriminations, celles dont sont victimes les Roms en France et dans le reste de l’Europe. Grâce au concours de la commission Discriminations du siège d’Amnesty, nous avons pu réunir tout le matériel nécessaire : d’une part, nous avons pu exposer les photos de Jean-François Joly – qui faisaient déjà partie de l’expo Dignité – images poignantes du sort réservé aux Roms en Macédoine. Ces images s’accompagnaient des légendes préparées par Amnesty dans le cadre de la campagne Dignité, ainsi que des posters expliquant le champ d’action et les principes fondamentaux de notre mouvement.

D’autre part, notre stand, habillé comme toujours aux couleurs d’Amnesty (jaune jaune jaune… et noir !…), proposait un dépliant expliquant sous quel angle Amnesty International agit contre les discriminations, une circulaire sur les Roms en Europe et une pétition papier pour demander la ratification par la France du PIDESC (voir article sur la campagne Dignité, https://amnestyparis13.wordpress.com/2011/04/06/campagne-exigeons-la-dignite-a-paris-13/).

Enfin, nous avons proposé aux visiteurs de visionner sur notre ordinateur des spots vidéos et un diaporama sur la situation des Roms en France, puis de signer en ligne sur le site amnesty.fr (http://www.amnesty.fr/) la pétition adressée à Claude Guéant pour faire cesser les violations des droits humains dont sont victimes les Roms en France. Il est d’ailleurs toujours temps de la signer en cliquant sur ce lien :

http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Discriminations/Discriminations/Actions/Roms-en-France-1556

Comme à chaque fois, cette action a aussi été l’occasion de diffuser le magazine des jeunes d’Amnesty  » AJ ! », et le dépliant « Rejoins-nous », pour faire découvrir ce que font les Antennes Jeunes et donner envie de nous rejoindre. Une dizaine de contacts ont été pris, reste à savoir si ces personnes auront juste envie d’être informés ou de s’engager un peu plus dans l’action…

Il serait très exagéré de dire que ce village associatif a été pris d’assaut par une foule d’étudiants, on sentait bien l’effet rentrée des vacances de printemps sur le campus de Villetaneuse, mais à défaut de quantité, on ne peut qu’être très satisfait des échanges de qualité que nous avons eus avec toutes les personnes qui se sont arrêtées au stand. Leur intérêt était sans doute plus profond et cela a vraiment permis de prendre davantage le temps d’expliquer les spécificités de notre mouvement et de ses actions, voire parfois de dissiper des malentendus.

Deux exemples : certains semblaient agréablement surpris qu’Amnesty International soit un mouvement de militants sur le terrain, et pas seulement d’experts écrivant des rapports ! D’autres ignoraient le choix de travailler avant tout sur les autres pays – selon le principe de solidarité internationale – mais aussi sur son propre pays, et avec un thème comme celui des Roms abordé à Villetaneuse, on aurait sans doute mal compris qu’Amnesty ne parle que de la Macédoine ou de la Slovaquie, mais pas de ce qui se passe à deux pas de notre campus…

En conclusion, même si cet événement ne nous a pas permis de toucher un aussi grand nombre d’étudiants ou personnels que la conférence-débat « Exigeons la Dignité », cela a contribué à renforcer la présence et la visibilité de notre Antenne-Jeunes, à approfondir les liens et les échanges à travers cette sensibilisation sur la lutte contre les discriminations.

Le chemin qui conduit de cette sensibilisation à l’engagement dans l’action est parfois long et tortueux – qui sait ? Certains vont peut-être rejoindre l’Antenne-Jeunes et préparer avec nous les prochaines actions, d’autres viendront juste y assister, d’autres encore iront dorénavant visiter ce blog et signer sur le site d’Amnesty, ou alors ils n’en auront pas envie mais seront au moins déjà mieux informés. On ne peut jamais le savoir, mais quoi qu’il en soit, ce qui compte pour nous c’est de jalonner ce chemin mystérieux avec toujours la même conviction et la même disponibilité !

Le tout en images !

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Pour en savoir plus sur les Roms en France, cliquez ici :

http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Discriminations/Discriminations/Presentation/Les-Roms-en-France

et sur les Roms en Europe :

http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Discriminations/Discriminations/Presentation/Les-Roms-en-Europe

Campagne Russie, c’est parti !

février 6, 2010

Russie et droits humains

C’EST PARTI ! Amnesty International France compte profiter de l’attention médiatique accordée à l’Année croisée France Russie 2010 pour « imposer »  au programme officiel la question des droits humains en Russie et pour sensibiliser l’opinion publique française afin d’exercer des pressions sur les autorités du pays.

Découvrez la vidéo de lancement de la campagne :

PREMIER AXE DE LA CAMPAGNE : DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS ET DE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION :

Les défenseurs des droits humains et les personnes qui tentent d’obtenir justice auprès de la Cour Européenne des droits de l’Homme sont harcelés, plusieurs ont été torturés et tués.

Une loi très contraignante adoptée par la Douma, en décembre 2005, sur les activités des ONG travaillant sur le sol russe a été signée par le président Poutine. Cette loi prévoit la création d’une nouvelle agence chargée de l’enregistrement de ces organisations et de surveiller étroitement leur financement et leurs activités. Elle sera directement responsable devant le gouvernement et pourra décider si les ONG contrôlées sont une menace pour «la souveraineté de la Russie, l’indépendance, l’intégrité territoriale, l’unité et l’originalité nationale, l’héritage culturel ou les intérêts nationaux». Des termes suffisamment flous pour prêter à toutes les interprétations !

Quant aux défenseurs qui travaillent pour la résolution du conflit en Tchétchénie, pour que les violences ne restent pas impunies il leur est tout simplement dangereux de parler. Des associations de parents de victimes se sont créées au fur et à mesure que les exactions se multipliaient, comme l’association ingouche de Magomed Moutsolgov « Mashr », elles sont régulièrement menacées.

Ceux qui dénoncent la situation dramatique de la Tchétchénie, ceux qui mènent des enquêtes sur les violations des droits humains et ceux qui ont porté ou tenté de porter plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme ont été ou sont de plus en plus menacés ou victimes de violations.

DEUXIÈME AXE : RACISME ET DISCRIMINATION

Pendant ces dernières années, de nombreux groupes racistes se sont développés et agissent dans un climat d’impunité généralisée. Des membres de minorités ethniques ou nationales ainsi que des demandeurs d’asile et des étudiants étrangers sont la cible d’agressions et de meurtres. Les responsables, quand ils sont jugés, sont accusés d’hooliganisme, c’est-à-dire de « violation flagrante de l’ordre public exprimant un irrespect manifeste de la société accompagné de l’utilisation d’armes ou d’objets utilisés comme armes » d’après le Code pénal. Le caractère raciste de ces agressions n’est que très rarement reconnu.

Selon l’ONG russe spécialisée dans la recherche sur le nationalisme et la xénophobie SOVA durant les 8 premiers mois de 2009 au moins 44 personnes sont mortes et 246 ont été blessées dans des attaques racistes.

TROISIÈME AXE : LE CAUCASE NORD ET LE CONFLIT TCHÉTCHÈNE

Le conflit en Tchétchénie continue à donner lieu à un grand nombre de « disparitions », d’homicides, d’actes de torture et de mauvais traitement.

Ces crimes sont souvent commis lors d’opérations ciblées menées par les forces fédérales russes, et surtout par les « kadyrovtsy », les milices de Ramzan Kadyrov, le Président pro-russe de Tchétchénie.

Durant les deux guerres la Tchétchénie a particulièrement souffert des rafles de villages entiers dans des proportions effrayantes, les personnes raffles subissaient des tortures et généralement disparaissaient. Aujourd’hui les rafles massives n’ont plus lieu mais les disparitions continuent.

Un des drames aujourd’hui c’est que les disparitions sont de plus en plus ciblées donc plus discrètes, que les victimes témoignent de moins en moins par peur des représailles, qu’elles sont le fait le plus souvent des milices tchétchènes et qu’elles ont lieu maintenant dans beaucoup de régions du Caucase, en particulier en Ingouchie et au Daghestan.

L’impunité est quasi générale.

En revanche, la Cours Européenne des droits de l’homme a reconnu la Russie responsable de graves atteintes aux droits humains en Tchétchénie, d’ exécutions, d’actes de torture, de disparitions forcées ainsi que de ne pas avoir enquêté de façon appropriée sur ces crimes. Elle a, par ailleurs, confirmé le caractère systématique des violations des droits humains perpétrées en Tchétchénie.

QUATRIÈME AXE DE CAMPAGNE : TORTURE ET MAUVAIS TRAITEMENT

La pratique de la torture et des autres formes de mauvais traitements est extrêmement répandue en Russie, elle est utilisée de manière routinière au sein des postes de police, des centres de détention officiels et non-officiels, des colonies pénitentiaires ou de l’armée. Les « aveux » obtenus par la force ont beau être illégaux, il est fréquent qu’ils soient reconnus comme éléments de preuve par le juge. Dans les centres de détention du Caucase du Nord, le recours à des actes de torture et aux mauvais traitements est systématique et l’impunité générale. Les centres de détention secrets restent nombreux.

PREMIÈRE ACTION PROPOSÉE PAR AMNESTY INTERNATIONAL :

Amnesty International lance, dans le cadre de sa campagne pour le respect des droits humains en Russie, une pétition générale durant toute l’année France-Russie 2010.

Notre but est de récolter 100000 signatures que nous enverrons aux autorités russes via son ambassade à Paris en fin d’année.

Nous comptons sur votre participation massive afin d’atteindre ce chiffre.

Nous demandons au Président Medvedev de garantir le respect de l’état de droit et d’assurer la protection de la société civile.

Nous lui demandons aussi que son gouvernement prenne des mesures concrètes pour appliquer les traités internationaux que la Russie a signés.

SIGNEZ DIRECTEMENT EN LIGNE ET FAITES SIGNER AU PLUS GRAND NOMBRE !

http://www.amnesty.fr/index.php/agir/actions_en_cours/federation_de_russie/actions_sur_la_russie/appel_au_president_russe_sur_la_situation_des_droits_humains_en_russie/petition_au_president_medvedev

Pour en savoir plus, lisez cet ouvrage :

Droits humains en Russie : Résister pour l’état de droit
Amnesty International
Avec la participation de Galia Ackermann, Marie Jégo, Natalie Nougayrède, Alexandre Vinnikov
Editions AUTREMENT – Collection Frontières (Format : 150 x 230 Pages : 128 pages)
Prix : 10 €, en libraire ou à commander directement en ligne :

http://www.boutique.amnesty.fr/droits-humains-en-russie-resister-pour-l-etat-de-droit.html