Retour sur la projection-débat « Lord of War »

À l’occasion du début de la conférence à l’ONU sur le traité sur le commerce des armes le 18 mars, l’AJ d’Amnesty à Paris 13 organisait une projection-débat autour du film « Lord of War » (2005).

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Le film retrace de façon réaliste le parcours du trafiquant d’armes Yuri Orlov, interprété par Nicolas Cage, ainsi que les conséquences de l’effondrement du bloc de l’Est en 1991 et l’éparpillement de l’arsenal militaire soviétique dans les zones de conflit. La même année, Amnesty International réclamait déjà une réglementation internationale sur le commerce des armes. Inspiré notamment du parcours du trafiquant Viktor Bout, le personnage principal parcours les zones de guerre du monde entier, particulièrement en Afrique de l’Ouest. D’autres personnages sont aussi basés sur des personnes réelles, comme André Baptiste, inspiré en partie par Charles Taylor, ancien président du Liberia.

Nous étions une dizaine à participer à la discussion qui a suivie. Certains ont exprimé une gêne à propos du personnage : il est montré de manière à attirer, malgré tout, la sympathie. Cependant, le film réussit à éviter tout manichéisme. Il a été question de l’ambivalence de la psychologie du personnage du trafiquant. Il réussit à opérer une distanciation entre son travail et sa vie personnelle grâce aux arguments de l’intentionnalité : il n’est pas responsable de ce que font ses clients (argument également avancé par les Américains). Contrairement à son frère, profondément hanté par les massacres auxquels il assiste dans les conflits. Le personnage principal mobilise toute son intelligence et son cynisme à éviter les responsabilités des meurtres et violations de droits humains causées par les armes qu’il vend. Cela amène, en général, à la question de la responsabilité et renvoie à la règle d’or (possibilité de refuser des livraisons d’armes s’il y a risque qu’elles soient utilisées pour commettre des violations des droits humains) qu’Amnesty défend.

Le personnage principal échappe sans cesse à la justice, et notamment à un agent acharné d’Interpol (interprété par Ethan Hawke), en exploitant les failles juridiques. Il s’inscrit dans un système global hypocrite, où les trafiquants peuvent procéder dans la légalité et servent parfois des intérêts géopolitiques. Encore une fois, un traité sur le commerce des armes comblerait ce vide juridique mondial. Il n’empêchera pas le trafic, mais le rendra bien plus difficile. Le réalisateur Andrew Niccol rappelle à la fin du film que les plus gros vendeurs d’armes sont cependant les cinq États du conseil de sécurité de l’ONU, États-Unis en tête.

Camille Hervé

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