Témoignage à Paris 13 : Pollution pétrolière au Nigéria et bras de fer contre Shell

Grande émotion d’accueillir, pour la clôture du Marathon des signatures 2012, le pasteur Christian Lekova Kpandei, pilier de la communauté de Bodo au Nigéria. Il est venu à la rencontre des étudiants et personnels de l’université Paris 13 pour témoigner de la pollution pétrolière incontrôlée qui détruit la vie d’environ 69 000 habitants depuis 4 ans. Avec chaleur, passion et conviction, il nous a raconté le combat qu’il mène, avec sa communauté et le soutien d’Amnesty International, contre Shell.

Interviewé par Cécile Coudriou, (à la fois enseignante à Paris 13 et vice-présidente d’Amnesty France), Christian évoque tout d’abord la vie de la communauté de Bodo, avant 2008 : c’était une communauté prospère, qui profitait des ressources en poisson abondantes du delta du Niger et des terres agricoles. Les enfants pouvaient ainsi aller à l’école et à l’université. Christian, pasteur dans une église, possédait une ferme piscicole qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille, sa femme, ses deux enfants, et les cinq orphelins qu’il avait recueillis, et d’aider les plus défavorisés de la communauté. Il employait même 10 personnes qui gagnaient convenablement leur vie.

Mais depuis la catastrophe, le jour où l’environnement a été soudainement contaminé par une marée de pétrole brut , les habitants de Bodo vivent une véritable tragédie, à la fois écologique, économique, et sanitaire : ils ont perdu tout moyen de subsistance car l’écosystème est détruit, ils doivent boire de l’eau polluée, manger des poissons contaminés, cultiver des terres souillées, et respirer un air vicié par le pétrole et le gaz. La cause de ce déversement de pétrole qui continue depuis quatre ans ? Deux fuites dans l’un des pipelines de la société pétrolière Shell qui traversent le village, équipement vétuste – « aussi vieux que moi », ironise Christian, qui a 50 ans – mal entretenu et percé par la corrosion.

Puis, Christian explique que Shell n’a pas tout de suite reconnu sa responsabilité malgré l’action immédiate des habitants, et a prétendu que la majorité des déversements d’hydrocarbures étaient dus au vandalisme, au détournement illégal, ou surtout au sabotage par des groupes de militants. Cette situation est malheureusement représentative de ce qui se passe dans le delta du Niger, où les multinationales qui exploitent le pétrole polluent en toute impunité et plongent des communautés entières dans la misère. En effet, l’Etat nigérian, dont plus de 90% du budget provient des industries pétrolières, est bien trop dépendant pour réglementer les compagnies.

Face à la corruption omniprésente au Nigéria, les habitants de Bodo ont engagé en avril 2011 une procédure à Londres, où se situe le siège de Shell, pour que l’entreprise répare les fuites, nettoie la zone et indemnise décemment les victimes. Ils sont soutenus dans ce combat par Amnesty International, qui travaille en colllaboration avec des ONG locales comme le Centre pour le développement, l’environnement et les droits humains. Les ONG ont permis des recherches scientifiques poussées pour constater les dégâts  environnementaux, et d’après Christian, la présence d’Amnesty International a aussi entraîné celle des médias les plus importants et a donc contribué à exposer le cas de Bodo au monde entier.

Cette rencontre, temps fort du Marathon des signatures, restera gravée dans les mémoires. Recevoir l’une des personnes que l’on défend à travers les pétitions rend indéniablement l’engagement plus fort et plus concret. La salle de 75 places était pleine à craquer, pour le plus grand bonheur de Christian Lekova et des militants d’Amnesty. Christian a beaucoup insisté sur le fait que parler de son histoire, obtenir des signatures, était important car cela contribuait grandement à la fois à soutenir moralement les personnes dont les droits sont bafoués et à faire pression sur les responsables. Pour les militants  qui se sont engagés dans le Marathon, cela fait vraiment une différence de placer une réalité, un visage derrière une signature qui a pris quelques secondes. On prend le temps de comprendre  pourquoi et comment a pu arriver une telle violation des droits et ce qu’il est possible de faire pour aider ceux qui en sont victimes. Ce témoignage a été un moment très précieux, touchant et chaleureux, qui donne encore plus d’énergie pour continuer à défendre les droits humains.

Depuis, nous avons suivi de près l’actualité du combat de la communauté de Bodo et nous avons constaté avec beaucoup d’enthousiasme les premiers effets de la mobilisation, notamment le jugement rendu vendredi 14 décembre par la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO : la cour a conclu à l’unanimité que le gouvernement nigérian était responsable des violations commises par les compagnies pétrolières et a indiqué clairement que le gouvernement devait demander aux entreprises et autres responsables de rendre des comptes. Il faut à présent continuer la mobilisation pour que le gouvernement nigérian suive ces conclusions.

Camille Hervé, avec la participation de Quentin Beucler et de Cécile Coudriou

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