Gaza ou la difficile impartialité … (article de Cécile Coudriou)

« J’exige la justice », slogan de l’action d’Amnesty International sur le conflit de Gaza, est un appel  à la justice internationale basé sur le principe d’impartialité, comme l’indique le texte au dos de la carte-pétition :

« J’appelle le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à agir pour garantir la justice internationale pour toutes les victimes palestiniennes et israéliennes du conflit de 2008-2009 à Gaza et dans le sud d’Israël »

La campagne que nous avons menée sur ce thème sur le campus de Paris 13  fut certainement l’une des plus riches d’enseignements. Elle nous aura appris que certains sujets mettent particulièrement en lumière la difficulté à faire comprendre et accepter ce principe fondamental d’Amnesty qu’est l’impartialité…

Peut-on parler de Gaza sans prendre parti ? Le conflit israélo-palestinien est sans doute l’un des sujets les plus « clivants », un sujet où chacun choisit son camp, précisément en étant convaincu d’être du côté de la justice. Ainsi, lorsque l’on invite le grand public à participer aux campagnes d’Amnesty sur ce thème, on peut se faire huer ou rejeter parce que l’ONG a « osé » parler de crimes de guerre à propos des effets de la politique d’Israël ou au contraire parce que l’on « ose » mentionner les victimes israéliennes du Hamas. Selon Amnesty International, toute  dénonciation, tout appel à la justice trouve sa force et sa légitimité dans l’impartialité et dans la défense d’une action non-violente fondée sur le droit international et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Mais force est de constater que défendre cette position sur le terrain releva parfois du défi !

Tout d’abord, un rappel des faits sur le conflit de Gaza : Entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009, l’offensive militaire israélienne de grande ampleur menée contre la bande de Gaza, dont le nom de code était Opération Plomb durci, a causé énormément de souffrances et de destruction. Quelque 1 400 Palestiniens et 13 Israéliens ont été tués au cours de ce conflit. Trois des victimes israéliennes et la majorité des victimes palestiniennes étaient des civils. Une grande partie de Gaza a été détruite. Les forces israéliennes s’en sont prises à des bâtiments civils et ont mené des attaques aveugles ne faisant pas de distinction entre cibles militaires légitimes et population civile. Une autre des violations recensées a été le recours répété au phosphore blanc, substance hautement incendiaire, utilisé sans discernement au-dessus de zones résidentielles densément peuplées. (Pour en savoir plus : http://www.amnesty.fr/_info/phosphore_blanc/)

Mais cette guerre a fait des victimes civiles du côté israélien aussi, car la branche militaire du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens ont mené des attaques aveugles à la roquette et au mortier contre le sud d’Israël. La conclusion pour Amnesty International s’impose, même s’il y a eu indéniablement bien plus de victimes à Gaza : Les deux camps ont violé le droit international humanitaire. Déjà en septembre 2009, la campagne lancée par l’ONG mettait en lumière la catastrophe humanitaire provoquée par ce conflit et exigeait un embargo sur les armes tout en insistant sur la nécessité de rester équitable et impartial. Regardez la vidéo de l’événement militant organisé à Paris :

http://www.dailymotion.com/video/xapm0s_journee-nationale-de-mobilisation-p_news

Revenons sur notre campus de Paris 13, où les réactions ont été extrêmement contrastées : parfois, c’était justement  notre volonté affichée de rester impartial et de briser le cercle de la haine et de la violence qui motivait d’autant plus les étudiants et les membres du personnel  à signer notre appel. Mais nous avons aussi rencontré des personnes non seulement très affectées par le sort des palestiniens mais aussi activement engagées dans la défense de leur cause. Dans leur esprit et dans leur discours, la violence et les violations ne pouvaient venir que d’Israël, l’envahisseur, l’oppresseur à condamner voire à combattre. La violence du côté palestinien n’était selon eux que la conséquence de cette première violence de la colonisation, s’apparentant ainsi plutôt à de la résistance. Dans cette logique, signer notre pétition revenait à prendre la défense des bourreaux contre les victimes, la défense de ceux qui sont du côté de l’injustice.

Il a donc été très compliqué, difficile et parfois même impossible, il faut le reconnaître, de convaincre que la demande de justice et de réparations doit toujours s’appliquer des deux côtés, que rien ne peut davantage justifier la violence aveugle dont a fait preuve le Hamas que celle de l’état d’Israël. Ces dialogues enflammés et ces réactions parfois très négatives ont été en fait comme un rappel de l’essence même du militantisme et de l’engagement : apprendre à se confronter à des points de vue radicalement différents et essayer de les comprendre pour mieux argumenter.

Ce fut parfois une réussite car des étudiants tout d’abord réticents ont finalement mieux compris la démarche d’Amnesty et ont accepté de signer à force de dialogue. Surtout qu’on insistait beaucoup sur l’urgence qu’il y a à relancer cette campagne maintenant :

Deux ans après le conflit, les autorités continuent, en Israël comme dans la bande de Gaza, à priver les victimes de justice par leur refus persistant de mener des enquêtes exhaustives dignes de ce nom. Mais en mars 2011, le Conseil des droits de l’homme se réunira de nouveau pour évaluer le degré de mise en œuvre des recommandations émises dans le rapport Goldstone, notamment concernant le statut des enquêtes nationales.  Il est essentiel que le Conseil des droits de l’homme se prononce désormais en faveur de véritables mesures visant à faire avancer l’affaire sur le plan international.

Amnesty International doit donc accentuer la pression sur le Conseil des droits de l’homme et lui demander d’adopter lors de sa session de mars 2011 une résolution forte qui :

  • reconnaisse les insuffisances des enquêtes menées par Israël et par le gouvernement de facto du Hamas ;
  • sollicite le procureur de la Cour pénale internationale pour qu’il demande en urgence aux juges de la Chambre préliminaire de déterminer si ses services sont compétents pour enquêter sur les violations commises lors du conflit à Gaza ;
  • encourage les autres gouvernements à remplir leur devoir consistant à enquêter sur les crimes perpétrés durant le conflit et à engager des poursuites devant leurs juridictions nationales en exerçant leur compétence universelle ;
  • fasse appel à l’Assemblée générale des Nations unies concernant les mesures à prendre en relation avec l’impunité.

En attendant les résultats finaux de cette action, voici ceux que nous avons obtenus sur le campus de Paris 13 : nous avons pu récolter 177 cartes-pétitions . Et c’est indéniablement avec une fierté d’autant plus grande que cela a supposé beaucoup de force de persuasion et de réflexion sur l’un des principes fondamentaux de notre mouvement. Cette action s’est finalement révélée une sacrée école non seulement de l’impartialité mais aussi de la tolérance !

Publicités

Étiquettes : , , , , ,

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :