La campagne « mortalité maternelle au Burkina » en 10 questions

Nous avons posé à Yves Prigent, responsable de la campagne (((Exigeons la Dignité))) pour Amnesty France, 10 questions que l’on peut être amené à se poser en découvrant l’action d’Amnesty International contre la mortalité maternelle au Burkina Faso.

Cela nous sera bien utile sur le terrain, lorsque nous allons demander au plus grand nombre de soutenir notre action et signer notre carte-pétition !

1) Quel est le rapport entre Amnesty et la mortalité maternelle, entre droits humains et santé ?

Il existe un lien évident entre la mortalité maternelle pouvant être évitée et les droits humains. Des violations comme le mariage précoce, les mutilations génitales féminines, les violences sexuelles et le manque d’accès aux informations et aux services relatifs à la santé sexuelle et reproductive augmentent les risques de grossesses non désirées ou à risques et de décès ou de complications évitables liés à la maternité. Par ailleurs, le manque de respect, de protection et de mise en œuvre du droit des femmes à la santé – notamment l’absence de services de santé accessibles et de qualité – peut aussi être à l’origine de décès ou de complications qui pourraient être évités pendant la grossesse ou l’accouchement. C’est notamment sous cet angle qu’Amnesty International aborde la question de la mortalité et de la morbidité maternelles du point de vue des droits humains.

2) Pourquoi le Burkina Faso et pas un autre pays d’Afrique ?

Nous avons choisi ce pays en raison de sa stabilité politique et du dialogue possible avec le gouvernement. Les bailleurs de fonds étrangers sont également très présents dans le pays. Le travail sur la mortalité maternelle porte sur du long terme et il était nécessaire d’avoir tous ces paramètres pour arriver à créer un impact.

3) Pourquoi s’adresser à un ministre ? Quelle est la responsabilité de l’État ?

Les recommandations d’Amnesty International et les appels qu’elle lance aux gouvernements peuvent bien souvent impliquer des choix en termes de ressources. Lorsque, par exemple, nous demandons à un gouvernement de mettre en place des garanties permettant d’éviter les arrestations et les détentions arbitraires, nous exigeons fréquemment de lui qu’il investisse dans un système judiciaire efficace et capable de contrôler l’action de la police, tout en assurant la formation de cette dernière, ainsi que celle des juges. Cette demande est cependant fondée sur une obligation contractée par ce gouvernement au regard du droit international et nous ne faisons qu’insister pour qu’il s’acquitte de cette obligation.

L’action d’Amnesty International en matière de droits économiques, sociaux et culturels s’appuie sur le même principe. Il est toutefois exact que le respect des droits économiques, sociaux et culturels implique généralement des investissements plus importants en termes de moyens. Une bonne partie de notre action est consacrée aux obligations de respect (non-ingérence au niveau de l’exercice d’un droit) ou de protection (action visant à garantir que des tiers ne gênent pas l’exercice d’un droit, en premier lieu, la mise en place d’une réglementation et de recours effectifs), qui entraînent globalement les mêmes allocations de moyens pour tous les droits humains.

4) Pourquoi écrire encore alors qu’on a déjà une réaction positive du président burkinabé ?

La déclaration du président burkinabé (prise en charge complète des soins obstétriques pour les plus pauvres) ne porte pas sur le même thème que notre action actuellement en cours qui porte sur la question de l’accès aux droits pour les femmes (et sur l’information sur les droits sexuels et reproductifs).

5) Pourquoi une carte plutôt qu’une pétition ?

Le recours à l’envoi de carte permet de maintenir une pression sur les autorités sur une plus longue période, à l’inverse d’une pétition où l’effet recherché est de créer un impact fort et immédiat sur l’autorité ciblée, à un moment clé.

6) Que fait Amnesty sur le terrain au Burkina, c’est quoi cette caravane ?

Amnesty International est présente sur place au quotidien par le biais de ses membres burkinabés. AI Burkina Faso fait de la sensibilisation auprès du public et de l’information et travaille avec de multiples autres organisations du pays sur cette thématique. L’objectif de la caravane (qui a parcouru plusieurs villes et villages du pays pendant une dizaine de jours après la sortie du rapport sur la mortalité maternelle en janvier dernier) était de faire connaître ce travail et de recueillir des témoignages des femmes dans toutes les régions et de faire porter les recommandations du rapport ensuite aux autorités burkinabé.

7) Pourquoi ne pas aider financièrement le gouvernement si finalement beaucoup des obstacles sont financiers ?

Amnesty International ne financera pas de projets de développement à l’avenir mais nous nous engageons pour que tous les acteurs (bailleurs de fonds, tant les Etats que les Institutions financières internationales) reconnaissent le respect des droits humains comme un élément-clé dans le développement durable et le prennent effectivement en compte. Trop souvent, on pense seulement à la dimension financière et technologique et on planifie sans tenir compte des êtres humains. Ce n’est pas un plaidoyer contre le travail d’aide au développement, bien au contraire. Cependant, tous les acteurs doivent inclure dans l’aide au développement la question des droits humains et d’une véritable collaboration avec les personnes concernées. Notre expertise porte sur les droits humains et nous apportons notre appui par le biais de cette thématique là.

8 ) Pourquoi ne pas se centrer sur la prévention en favorisant la contraception ?

La contraception n’est pas le seul enjeu pour la résolution du problème. La prévention s’inscrit sur le long terme car il s’agit tout d’abord de faire changer les mentalités (pour l’instant dans la société burkinabé, toutes les décisions sont prises par les hommes, y compris en matière de contraception / planning familial / accès aux soins). La question de la prévention est bien entendu au cœur de notre action sur les droits sexuels et reproductifs et du fait que les femmes puissent accéder à l’ensemble de ces droits. Pour autant, la question de l’accès aux soins (et des obstacles financiers à cet accès) est extrêmement importante et nécessite la prise de mesures rapides par les autorités du pays.

9) Quel est le lien avec la question du droit des femmes ?

Les atteintes aux droits des femmes contribuent toutes à aggraver la mortalité maternelle. Il s’agit notamment des violences au sein de la famille et de l’entourage, de la discrimination, des restrictions au droit de décider d’avoir des enfants, ainsi que des obstacles financiers, sociaux et culturels empêchant les femmes de bénéficier des soins essentiels. Des femmes meurent en raison de mesures politiques et de décisions qui ne leur permettent pas de bénéficier des soins auxquels elles ont droit, au moment où elles en ont le plus besoin.

10) Concrètement, cela change quoi si je signe ?

Vous apportez votre soutien à notre action et à la lutte des femmes burkinabé pour leurs droits.
Vous participez à une action internationale afin que leurs voix et leurs revendications soient prises en compte par les autorités du pays concerné.
Vous soutenez Amnesty International pour que les droits humains deviennent une réalité et qu’ils soient pris en compte au Burkina Faso.

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2 Réponses to “La campagne « mortalité maternelle au Burkina » en 10 questions”

  1. La campagne « mortalité maternelle au Burkina en 10 questions … | Actualités du monde Says:

    […] la source : La campagne « mortalité maternelle au Burkina en 10 questions … eazArticles Complémentaires13 mars 2010 — Santé maternelle: campagne d’ONG sur la […]

  2. Lo Says:

    allez demain c’est le grand jour !
    autant de signatures que pour le marathon sinon plus !!!!! et en forme ! encore une fois on compte sur vous!

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